socialiste au 21e siècle

Pourquoi et comment être socialiste aujourd'hui ? L'avis d'un militant socialiste, engagé dans la minorité de gauche, et par ailleurs militant syndical.

29 novembre 2005

Arnaud Montebourg s'apprête à créer un nouveau courant rénovateur

Journal de Saone-et-Loire, le 29/11/2005

Arnaud Montebourg trace sa propre route. Dans une interview exclusive à notre journal, il annonce la création d'un nouveau courant, reconstituant autour de lui le NPS « historique » du Congrès de Dijon.

Un homme seul, Arnaud Montebourg ? En marge de la synthèse signée par les autres leaders socialistes, le député de Saône-et-Loire s'apprête à rebondir en créant son propre courant, censé poursuivre le travail de rénovation. Objectif affiché : rassembler autour des idées du NPS historique, et notamment le projet de VIe République, 15 à 20 % des militants français.
M. Montebourg s'en explique, dans sa première interview accordée depuis le Congrès du Mans.

Le Journal de Saône-et-Loire : pour commencer, revenons une semaine en arrière. Pourquoi avez-vous refusé de vous associer à la synthèse au Congrès du Mans, alors que vos partenaires du NPS Vincent Peillon et Henri Emmanuelli y souscrivaient ?
Arnaud Montebourg : « ce fut un choix de conscience très difficile mais que j'assume totalement. Je n'ai pas voulu sacrifier les positions que je porte depuis mon entrée dans la vie publique. Il y avait bien sûr la question de la 6e République qui faisait l'objet d'un refus obstiné de la part des dirigeants socialistes, 6e République sur laquelle je rappelle que j'ai été élu en 2002 dans ma circonscription de la Bresse et du Val-de-Saône.
Il y avait aussi l'ensemble des propositions que nous faisions pour lutter contre les dégâts de la mondialisation en organisant la protection des salariés et des industries attaquées par la concurrence déloyale du commerce mondial.
Il y avait enfin le beau projet d'embryon de République européenne qui avait pour objectif de mettre enfin de la démocratie dans les choix politiques de l'Union. Toutes ces convictions avaient été forgées par le NPS pour répondre à la profonde crise démocratique et sociale qui mine le pays depuis des années.
Les militants nous avaient confié ce mandat. Je n'ai pas voulu, en conscience, les lâcher pour quelques strapontins et miettes de pouvoir. »

JSL : ce refus de prendre en compte votre projet de VIe République constitue un échec personnel.
A. Montebourg : « je constate que les esprits ne sont pas mûrs et que nous avons là perdu sept ans, car le projet de 6e  République ne sera pas porté en 2007 mais en 2012. Toutefois, cette affaire n'est pas finie. L'UDF de François Bayrou s'apprête à défendre le même projet et d'autres partis de gauche ont décidé de porter également cette idée. Je pense que le Parti Socialiste a fait preuve d'aveuglement en refusant d'entendre nos propositions..»

JSL : vous avez claqué la porte du NPS dont vous êtes le cofondateur, samedi, lors du Conseil national. Vous vous retrouvez donc seul, avec le risque de la marginalisation.
A. Montebourg : « je n'ai pas claqué la porte. J'ai constaté le décès du NPS. Ses idées ont été soit abandonnées, soit laminées dans la moulinette de la synthèse. La plupart de ses dirigeants ont abandonné le NPS pour rejoindre les positions de François Hollande, et de surcroît, les militants, qui dans leur quasi-totalité ne voulaient pas de synthèse ont été méprisés. Ce sont tous les idéaux que j'ai portés qui ont été furieusement maltraités par le NPS lui-même. On ne peut donc que constater qu'il n'existe plus. »

JSL : allez-vous créer un nouveau courant pour poursuivre votre « travail de rénovation » ?
A. Montebourg : « aujourd'hui, les grandes fédérations qui ont apporté leurs voix me déclarent leur fidélité à notre idéal. J'ai reçu en une semaine 1300 e-mails de soutien et 590 au cours du dernier week-end. Pour entretenir cette espérance, donner espoir qu'il y a dans le PS une flamme qui veut rénover, renouveler les idées et les projets de la Gauche, nous allons reconstruire un courant qui rassemblera tous les militants, les élus, les parlementaires, les premiers fédéraux qui veulent continuer le combat. Ce nouveau courant devrait voir le jour très rapidement*. Notre position est de dire que c'est la société qui doit déboucher vers les partis et non les partis qui doivent tout ordonner. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes très nombreux mais surtout nous sommes libres.
Nous sommes en train de reconstituer le NPS historique du Congrès de Dijon, moins Peillon et Emmanuelli, c'est-à-dire à peu près 17 % du parti. »

JSL : quid des rapports de force établis dans les fédérations ?
A. Montebourg :« les fédérations devront se positionner entre le Hollandisme et la poursuite de la rénovation. Nous ne sommes pas en opposition à la synthèse mais nous pensons que ce n'était pas rendre service à notre parti que tous les socialistes sacrifient tout ou partie de leurs convictions pour une unité qui n'était qu'artificielle. La véritable unité, celle qui a un sens, ne pourra se faire que lorsque les primaires internes auront désigné un candidat socialiste unique. Nous serons à ce moment tous unis derrière lui. »

JSL : justement, qui peut le mieux incarner l'alternance en 2007 ?
A. Montebourg : « chacun a pour l'instant son opinion. Nous ferons une sorte de banc d'essai, d'appel d'offres lorsque nous connaîtrons avec exactitude qui sont les candidats définitifs. Entre temps, nous apporterons notre pierre au projet, car les idées se transmettent pas delà les appartenances et les non-appartenances. Nous sommes dans le PS et nous serons dans le débat d'idées. Nous y pèserons de tout notre poids.

JSL : votre retour dans l'union issue de la synthèse est donc totalement exclu.
A. Montebourg : « la synthèse a sacrifié les idées nouvelles pour un profit qui n'existe pas. La VIe République est la seule idée nouvelle que le PS a eu depuis trois ans et c'est la première qu'on liquide. Est-ce la réponse la plus intelligente à donner aux temps turbulents qui se préparent ?..»

JSL : beaucoup se sont étonnés que vous ayez abandonné la direction de la Fédération de S-et-L. Votre avenir passe-t-il toujours par la S-et-L ?
A. Montebourg : « cette région est celle de mes racines. A chacune des épreuves politiques que j'ai dû affronter, les électeurs de la Bresse et du Val-de-Saône m'ont témoigné une fidélité sans pareille. Dans toutes les épreuves, je leur ai été moi aussi fidèle. Je pense d'ailleurs, dans les moments où il faut trouver le courage de faire face, souvent à beaucoup d'entre eux. Je leur resterai fidèle. Je reprends dans un mois la tournée des communes et des cantons où je rendrai compte de mon mandat. »

JSL : votre positionnement vous permet de prendre date pour l'après 2007, en cas d'échec de la Gauche à la Présidentielle.
A. Montebourg : « non. J'ai fait un choix de conviction qui m'est extrêmement coûteux. Je l'ai fait pour maintenir ces dizaines de milliers de militants ; ces centaines de milliers d'électeurs dans la croyance que le PS n'est pas celui qu'ils croient.
Je pense avoir fait œuvre utile au Parti, à la Gauche et à la France. »

JSL : votre ambition est-elle de rassembler à gauche, au-delà du Parti Socialiste ?
A. Montebourg : « mon objectif est de faire vibrer le PS au contact de la société, de tourner ce Parti vers elle. »
Propos recueillis
par J-Ph. Chapelon
*NDLR : dans les prochaines semaines

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24 novembre 2005

Etats d'âme ?

Parfois arrive un moment, ainsi, où l'on se demande à quoi bon dépenser tant d'énergie pour un résultat dont nous mesurons mal la portée. Cela fait deux jours pleins que j'ai lancé cet appel "Nous sommes le NPS". C'est peu de dire que l'affaire n'est pas facile. Certains de mes camarades m'ont gentiment conseillé de me "calmer", de mettre mon mouchoir sur cette démarche. Une amie m'a même carrément dit : "laisse tomber, ça ne sert à rien, on est morts de toute façon". Si je compare à la gravité de la situation du pays, avec des grèves à répétition : à EDF, à la SNCF, à la RATP... la marche pour sauver la recherche, mercredi 23 novembre, les émeutes en banlieue ; toute cette agitation peut sembler dérisoire, voire grossière au regard de la réalité de nos concitoyens. Réalitié qui est aussi la mienne, soit dit au passage.

Mais, justement, c'est cette réalité qui me pousse à agir, à réagir. Peut être de manière désordonnée, voire brutale parfois. Parce que, quand même, je vois mon Parti, le PS, inerte, absent du débat, incapable de prendre des initiatives fortes. Les besoins sont là, l'urgence frappe à notre porte ! Et nous, quoi ? Sur les banlieues, nous suivons bêtement le gouvernement : le Bureau national laisse "la lattitude à chacun" de se positionner sur le couvre-feu alors que les maires socialistes concernés sont unanimes pour dire que le "couvre feu" ne fait qu'envenimer les choses.

Sur EDF, les motions s'engagent toutes à renationaliser l'entreprise. Mais, concrètement, où était le PS quand les électriciens ont manifesté ? Quelle crédibilité en plus alors que nous savons que Jospin a avalisé la libéralisation du marché de l'énergie ? Quid encore de notre attitude sur la SNCF ou sur la SNCM plus tôt ? Et cette absence de positionnement clair pèse sur les capacités de rassemblement des organisations syndicales. En clair, la question que se pose tout le monde, les salariés en premier, reste : "pourquoi faire grève, puisque la droite va le faire et que le PS ne propose rien de concret ?". Toujours la même question : celle de l'alternative politique plutôt que de l'alternance.

C'est pour passer ce cap que je continue à m'énerver dans le PS, à me battre pour qu'un réel courant de gauche existe, force de proposition, aiguillon, poil à gratter, appelons cela comme on veut... Mais il faut rappeler sans cesse au PS l'avis, les envies, de ces milliers, ces millions ?, de gens qui attendent désespérément un geste, un signal, de sa part. Je persiste à croire que c'est le rôle des minorités de gauche de faire ces piqûres de rappel.

Posté par lalbiges à 15:07 - La gauche dans le PS - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Questions existentielles

Après le congrès du Mans et la synthèse opérée dans de tristes conditions, nombreux sont mes camarades socialistes issus des motions 2 (Fabius) et 5 (NPS) à se poser des questions sur l'utilité de se battre, de rester même socialiste.

Je comprend le désarroi des camarades, c'est toujours désespérant ce genre de situation. Cela dit,à titre tout à fait personnel, les réponses me semblent claires.

- Faut-il rester au PS ? OUI, définitivement. C'est bien dans ce parti qu'il faut agir, quels qu'en soient ses défauts. Je paraphraserais, médiocrement certes, Churchill : "Le PS est le pire des partis, à l'exception de tous les autres". Le PS est et sera, toujours, le coeur de toute coallition de gauche au gouvernement. C'est donc en son sein qu'il faut agir, pour influer sur sa ligne et sur ses pratiques. En tant que militant syndical, je mesure chaque jour l'attente qui existe vis à vis du parti.

- L'avenir de NPS, dont le discours sort brouillé de la sordide synthèse ? Quoi qu'il en soit de l'expression des militants, ce qui s'est passé au Mans implique une rupture nette et, pour l'heure, définitive, entre les amis du trio infernal "Hamon Emmanuelli Peillon" et ceux qui refusent leurs manoeuvres d'appareil.

Pouvons-nous faire vivre le NPS ? Je pense qu'il faut, sur les bases du NPS 2002, nourries de l'apport - notamment sur les questions économiques et sociales - de feu AS, construire autre chose autour de l'appel "Nous sommes le NPS". Quel qu'en soit le nom, il regroupera la nouvelle minorité du PS.

- Bien sûr qu'il faut s'impliquer dans la vie des sections et des fédérations : c'est là que se nourrit le débat, c'est là que nous convainquons les camarades de la validité de nos positions. D'autant que, y compris dans la motion 2, le ressentiment existe vis à vis de la synthèse. Donc, offrons leur, à eux aussi, un nouveau débouché, une nouvelle perspective.

Posté par lalbiges à 11:45 - La gauche dans le PS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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