30 novembre 2005
Socialisme, social-démocratie et tutti quanti
Lecture intéressante que celle de la "Politique" d'Alain Duhamel dans "Libération" d'aujourd'hui. Ce cher chroniqueur taille, sans le vouloir certainement, un costume trois pièces cravate à ce pauvre François Hollande, qui n'avait certes pas besoin de cela.
Ainsi donc, le texte issu de la "sainte thèse" du Mans n'est pas socialiste, du moins n'en mérite-t-il pas le nom, sauf à tenir compte de l'appartenance partidaire de ses auteurs, explique en substance "le" spécialiste de la res politica en France... Plus grave, ce projet serait bien moins novateur que le programme du premier ministre Lionel Jospin en 1997. Sur ces faits, on peut ergoter à la virgule évidemment, mais - dans l'ensemble - le constat est juste.
Là où notre Duhamel national commence, un tantinet, à se fourvoyer, c'est quand il conclut que ce texte est "réformiste" et "social-démocrate". Ce qui tend à mettre en opposition socialisme et social-démocratie, autant que socialisme avec réformisme.
Sans rentrer dans la sémantique, il serait bon que chacun se rappelle quelques petites choses. Le réformisme prône le changement de société par la voie de la réforme (d'où son nom), de la démocratie, de la progression construite. Mais il y a tout de même l'idée de changement de société, de rupture avec le capitalisme. C'est d'ailleurs François Mitterrand, grand réformiste devant l'éternel et que nul ne saurait décemment taxer de "gauchisme", qui tranchait à Epinay : "Celui qui n'est pas anti-capitaliste n'a pas sa place au Parti socialiste". Les choses étaient donc claires. Les statuts du parti socialiste le sont tout autant : "Parti de rassemblement, il met le réformisme au service des espérances révolutionnaires. Il s'inscrit ainsi dans la démarche historique du socialisme démocratique" (déclaration de principes du Parti socialiste, adoptée à l'unanimité au Congrès de Rennes - 1990).
Enfin, la social-démocratie n'est devenue que très récemment, et contre l'histoire, contre les faits, synonime d'accompagnement du libéralisme. Marx se définissait comme social-démocrate, de même que Lénine, membre du Parti social démocrate des ouvriers de Russie, qui deviendra, après la révolution d'octobre, le Parti communiste de Russie.
Cessons donc de faire dire aux mots autre chose que ce qu'ils signifient historiquement. Et dans la réalité des faits.
Cela pour conclure en disant que le texte issue de la "sainte thèse" du Mans n'est pas même social-démocrate. Comme la politique de Lionel Jospin en son temps, il n'a d'autre but que l'accompagnement social du capitalisme. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin aujourd'hui. Ce dont la France a besoin c'est d'un parti réellement socialiste, qui se conforme à sa déclaration de principes. C'est à dire qui oeuvre au changement de société.
Je cite encore : "Le Parti socialiste est un parti de transformation sociale. La faillite des sociétés bureaucratiques ne lui fait pas oublier que le capitalisme développe les inégalités, accentue les déséquilibres mondiaux, exploite les richesses du Tiers-Monde et maintient dans de nombreux pays chômage et exclusions.
Le Parti socialiste est donc favorable à une société d'économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l'intérêt général.
Il agit pour son dépassement par de nouvelles formes d'organisation économique et sociale donnant aux salariés une véritable citoyenneté dans l'entreprise.
Dans les secteurs clés qui déterminent la formation du citoyen (l'école, l'université, la télévision), les conditions de vie (logement, santé, environnement), il n'accepte pas que les logiques du marché soient seules déterminantes.
Un service public fort, l'aménagement du territoire, la planification, la politique budgétaire et fiscale doivent permettre démocratiquement aux citoyens de dégager les grandes priorités nationales."
Commentaires
Je ne suis ...
pas d'accord avec ces idées mais je les écoute et souhaite seulement poser cette question ...
Comment résorber les 2000 M de dettes de la France avec un tel programme réclamant toujours plus de Sous ?
Un état accompagnant et bornant les limites de ce capitalisme qui semble "diabolique" dans vos propos ne serait il pas bien plus efficace ???
C'est dommage...
bonjour à vous, tout d'abord.
Vous évoquez l'argent que les mesures de transformation sociale pourraient coûter et je vous entend.
Mais, si nous prenions, ne serait-ce qu'un instant, le point de vue de l'investissement ? On peut tout à fait considérer qu'investir dans l'humain peut être bénéfique et même générateur de bénéfices financiers.
Prenons l'exemple des mesures du gouvernement Jospin : la relance de la consommation, avec la revalorisation du pouvoir d'achat, des fonctionnaires notamment mais aussi, indirectement, des salariés du privé. Cela a eu un coût, mais cela a surtout généré de nouvelles rentrées fiscales. D'abord par l'impôt : les gens gagnant plus paient plus. Deuxièmement, de manière indirecte : les gens consommant plus, cela a entraîné des rentrées nouvelles pour les commerçants, artisans, entreprises. Ce qui s'est ressenti sur leur taxe professionnelle, même si une indexation de cette dernière sur la plus-value eut généré de plus amples bénéfices.
Ce que je raconte là n'est guère original, Keynes l'a prôné avant moi et le très "libéral" président Roosevelt l'a mis en oeuvre via le "New Deal".
Exact ...
Excusez moi de ne pas avoir commencé par un bonjour,
je répare cet oubli ...
La revalorisation du pouvoir d'achat est bien sur l'idée principal de tout système "idéal" ... je serais moi meme bien heureux de voir mon pouvoir d'achat s'accroitre de jour en jour !!! Mais ne croyez vous pas que le marché "régulé" peut entrainé ceci ... je m'explique :
- 1 Rationalisation des dépenses de l'état (redéploiement des fonctionnaires et réduction de leur nombre)
- 2 baisse d'impots en rapport avec ce nouveau train de vie ( impots directs & charges sur les sociétés)
- 3 Imposition à la source
Par extension augmentation potentielle des salaires par la baisse des charges directes ( tous les patrons ne sont pas des voyous) - donc reprise de la consomnation - donc augmentation des revenus indirects et des impots de type taxe professionnelle et taxe sur les bénéfices ...
L'état devrait garder que quelques axes majeurs :
Education
Environnement
Sécurité
Régulation
Cher correspondant,
J'entends vos propos et lis vos idées, qui ne sont pas forcément plus neuves que celles que je prône. Mais c'est assez normal au demeurant. Nous sommes juste des personnes engagées.
Je me permets de ne pas en partager le fond, même si, à la marge, certaines de ces idées peuvent sembler séduisante.
De fait, c'est votre conclusion qui m'amène à ce constat. Elle est très cohérente avec le reste et s'inscrit dans un cadre libéral, de fait, au sens où l'Etat ne doit plus conserver que ses seules fonctions régaliennes. C'est un postulat que l'on peut et doit entendre. Mais c'est un postulat que je ne partage pas.
Je pense que le rôle de l'Etat doit être bien plus important que cela. Et qu'il doit intervenir dans l'ensemble des composantes de la société. Mais cela n'est pas surprenant quand on prend le temps de lire l'intitulé de mon blog : socialiste je suis et je reste. Donc, je ne partage pas la vision libérale des choses.
Non à la synthése !
Bonjour
LE PS s'étant assis sur ses convictions européennes et son programme électoral pour mieux coller à son électorat, je ne comprends pas bien. Le candidat socialiste devrait sur ses positions 'vrai gauche' faire un tabac.
Le candidat socialiste, quel qu'il soit encadrés par Emmanuelli, Fabius et Mélanchon devrait présenter toutes les garanties que vous souhaitez.
Personnellement, je regrette cette synthése et c'est pourquoi, j'attends un candidat prenant en compte nos idées aujourd'hui reniés.
Bernard Kouchner sera-t-il ce candidat ?
Cher camarade,
Je comprend votre point de vue. Mais j'ai peur que vous ne maîtrisiez pas bien l'histoire et le programme du Parti socialiste.
Les positions de Bernard Kouchner le rendent bien plus proche de l'UDF que du PS. Il va sans dire que son départ et celui de ses amis permettrait au PS de revenir à ses origines.
Amitiés,
Nathan
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